• Bastien
  • 17/01/2020
  • Focus espèce

Objectif : renard roux !

Jugé indésirable et nuisible par certains, le renard reste cependant un sujet très prisé par les photographes, son regard flamboyant, sa malice et sa beauté font de lui un sujet d’exception. N’ayant jamais croisé maître goupil dans d’excellentes conditions, mon objectif du printemps 2019 est clair. Je consacrerai mon temps libre au renard. 

Malgré les nombreuses photographies qui circulent sur Internet, le challenge n’est pas si évident…
Mais avant de réaliser un affût au renard roux, il faut trouver un terrier !

Prospections & reconnaissances

Février

Je commence les recherches. Je me focalise sur les pâtures bordant les bois, forêts ainsi que les zones de friches. Après quelques week-ends de recherche, le bilan est encourageant. Je trouve trois terriers différents ! 

Maintenant, le plus important est de savoir si ces terriers seront occupés par une petite famille. 

Rempli d’espoirs je m’imagine déjà dans mon affût à photographier des renardeaux !

Terrier renard
Reconnaître un terrier

Le terrier du renard roux est souvent situé sur un talus et est composé de plusieurs entrées (de 2 à 4) appelées « gueules ». Le diamètre de la gueule est d’environ 30 cm. 

Est-il occupé ?

Plusieurs indices permettent de savoir si le terrier est occupé par une famille :
– Forte odeur se dégageant du terrier,
– Déblaiement par grattage à l’entrée du terrier,
– Empreintes,
– Carcasses de nourriture aux abords du terrier. 

Empreintes de renard

Les femelles mettent bas en général entre mars et avril. Mais les semaines passent et les terriers ne semblent pas occupés pour deux d’entre eux. Les orties et ronces encombrent leurs entrées. Le troisième, lui, semble légèrement gratté et quelques empreintes sont visibles à proximité.

L’espoir persiste ! Malgré l’incertitude, je me focaliserai sur ce dernier terrier.

Les beaux jours d’avril arrivent. Je décide d’installer un affût donnant une excellente vue sur l’ensemble de la pâture. Si le terrier est occupé je verrai sans aucun doute les allers et venues des parents pour apporter la nourriture aux nouveaux nés. Malgré plusieurs sessions, aucune trace de renard. Photographier des renardeaux ça ne sera certainement pas pour cette année…

Plusieurs femelles peuvent mettre bas dans le même terrier et élever les jeunes collectivement. Les femelles sans petits peuvent s’occuper de ceux des autres en les nourrissant et en jouant avec eux. On les appelle les nourrices.

Les renards roux sont opportunistes et empruntent parfois les terriers des lapins ou ceux des blaireaux. La cohabitation avec ces deux espèces est même possible. Les renards ne chassent pas à proximité de leur terrier !

30 avril

Nous nous envolerons pour l’Ecosse cet après-midi. La valise n’est pas encore prête, mais le soleil rayonne et je ne peux m’empêcher d’aller faire un tour en forêt. Je pose un affût en lisière, j’espère la venue d’un brocard. Les heures passent et toujours pas de chevreuil à l’horizon. 

Alors que je m’apprête à partir, je crois rêver. Deux peluches rousses incroyablement petites se tiennent devant moi ! Les deux petits compères avancent dans ma direction et il me faut bouger pour éviter qu’ils me grimpent dessus ! Je réalise quelques photos mais la proximité est telle que je n’arriverai pas à cadrer ! 

Je n’en crois pas mes yeux. Complètement par hasard, je me suis placé à proximité d’un terrier de renard… !

Renard roux qui s'approche de l'affût

Les retrouvailles

12 mai

Impatient et à la fois anxieux je me rends sur site. Je place mon affût à un endroit stratégique. Le terrier se situe à proximité de la pâture, sur cet endroit dégagé, j’anticiperai une éventuelle sortie du renard roux. 

Vingt minutes plus tard, j’observais déjà les amusements de quatre petits chenapans ! La distance entre eux et moi est toutefois trop importante pour espérer réaliser de belles photos. Un des renardeaux a toutefois un caractère plus aventurier que les autres et se risque dans la pâture à ma plus grande joie !

Ça y est ! Je tiens mon spot ! De belles soirées d’affût m’attendent !

Renard roux qui s'aventure vers l'affût

L’affût du renard roux : le suivi

À partir de ce moment, je leur rends visite deux à trois fois par semaine. Je ne prolonge pas mes sessions d’affût pour éviter de les déranger. Le bruit de déclenchement du boitier devient habituel pour eux, ils n’y prêtent plus vraiment attention. J’assiste même à des moments d’intimité entre les adultes et les jeunes.

Adulte et jeune renard roux
Adulte renard roux blessé

Mi-Juin

La période de fauche est une aubaine pour les adultes. Les renards n’ont plus qu’à se servir en campagnols !

C’est le nombre de micro-mammifères qu’un renard adulte prédate en moyenne sur un an ! Alors que le campagnol est une véritable plaie pour les cultures et un vecteur de la propagation de la maladie de Lyme, le renard roux a certainement sa place dans notre écosystème.

Renard
Jeux de jeunes renards roux
Jeux de jeunes renards roux

Le renard roux est une espèce chassée et donc craintive. Il fait preuve de malice et son odorat est très développé. Il peut vous sentir à plus de cent mètres ! Le dérangement doit absolument être évité car cela induirait un déménagement de la famille. Ceci peut être fatal pour les jeunes renards, voici donc quelques précautions à prendre :

  • Ne pas s'attarder près du terrier
  • wNe pas surprendre les adultes
  • Utiliser un affût (tente, filet, affût fantôme...)
  • }Réaliser des affûts courts (pour moi ce n'était pas plus de deux heures)
  • Tenir compte du vent
  • Ne pas laisser l'affût sur place
  • zPartir dès le premier signe de dérangement (aboiement des adultes...)

Une vie pas si paisible

30 juin

En défilant mon fil d’actualité Facebook, je découvre une photo de renardeau victime de la route. J’apprends quelques instants plus tard qu’il a été percuté non loin du site. Ma crainte se vérifiera le lendemain lorsque seulement trois renardeaux vinrent gambader dans la pâture…

Collision mortelle d'un jeune renard roux

 © Jean-Louis Fievet

Petit deviendra grand

Début juillet

Les trois renardeaux semblent gagner en autonomie et en confiance. Ils s’aventurent de plus en plus loin et j’assiste à leurs premières chasses, pas forcément fructueuses…

Scènes de vie d'un jeune renard roux
Scènes de vie d'un jeune renard roux
Scènes de vie d'un jeune renard roux
Scènes de vie d'un jeune renard roux
Scènes de vie d'un jeune renard roux
Scènes de vie d'un jeune renard roux

Mi-juillet

Il est temps pour moi de les quitter. D’ici quelques semaines les renards chercheront un nouveau territoire à prospecter, espérons loin des dangers… Les nombreuses heures passées à attendre le renard roux dans mon affût m’ont permis de longuement réfléchir sur son statut de nuisible et les raisons de ce classement. J’ai eu beau retourner le sujet dans tous les sens, je n’en vois toujours pas la raison. Si ce n’est de satisfaire le besoin de suprématie de l’Homme…

Scènes de vie d'un jeune renard roux
Bastien
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13 Commentaires
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Sam
il y a 4 ans

Je ne sais pas si mon commentaire précédent a fonctionné mais je tenais à vous remercier pour cette magnifique récit très inspirant. Pour ma part je persiste déjà depuis deux semaines à unique passion qui prend quatre heures par jour à trouver les terrier de renard autour des prés et des forêts . J’en ai dénombrer une vingtaine qui pour la plupart je pense appartiennent à des blaireaux . Deux d’entre eux seulement présente une odeur caractéristique . les conditions météo ne permettent pas d’apercevoir de traces fraîches de renard . et je n’ai quasiment jamais encore vu de crotte autour des terrier appartenant au renard ni de plumes de carcasses . Je commence à désespérer

Samuel
Répondre à  Bastien
il y a 4 ans

Merci de votre réponse ! Ce-peut-il qui y’ai déjà des petits dans les térriers ? J’ai enfin trouver un terrier avec une grosse carcasse de pigeon devant ! L’espoir reviens :). Maintenant je devrai y retourner pour y installer une cameratrap m’a-t-on dit pour en être sur et apprendre si il y’ a, leurs habitude etc pour mieux affuter plus tard mais j’ai peur d’y retourne, j’ai vraiment pas envie qu’il me sente ou de croisé l’un des adulte. Qu’en pensez-vous ?
Merci d’avance

Julien P
il y a 3 ans

Bonjour Bastien, Merci pour le partage de ce récit passionnant.
J’aimerais tellement en faire autant et trouver un terrier dans ma campagne varoise !
Ici le renard est traqué et il n’apparaît qu’en pleine nuit sur mes pièges photos. Pas facile de faire de belles photos à l’affût, mais je continue passer tous les bosquets au peigne fin.
Je me demandais si vous sauriez me donner qq informations concernant le nbre de terrier au km2 ? (j’ai lu sur interner que le nombre était de 1 par km2 mais ça me paraît énorme).
Aussi, quid de la proximité avec les habitations ?
Ainsi que la taille de la zone « sauvage » nécessaire autour du terrier, je veux dire est-ce qu’un bosquet de 1Ha est suffisant pour les renards pour faire un terrier ?

Merci 🙂

Julien
Répondre à  Bastien
il y a 3 ans

Bonsoir Bastien, un grand merci pour ta réponse riche en enseignement. Autour de moi, il y a surtout des vignes (Bandol) et pas de prairie de fauche. Pour autant, le renard est bien présent, je ne connais pas ses sources de nourritures. Ce soir j’ai trouvé un terrier énorme avec au moins 15 à 20 gueules, l’une d’entre elle possédait des traces de grattages très fraîches, je pense à du blaireau toutefois. J’ai posé mon piège photo, nous verrons dans qq jours… J’ai l’impression de lutter contre les chasseurs qui doivent faire le même travail de traque que moi mais pas avec les mêmes intentions !
A très bientôt, j’espère !

Julien
Répondre à  Bastien
il y a 3 ans

Le piège photo porte ses fruits. Il y a un blaireau tous les jours. Deux gueules ont des traces de grattage très fraîches. Pour l’instant pas de renard… je vais observer tout cela pendant qq mois encore.

Stef
il y a 3 ans

Superbe article très bien documenté, félicitations….

Toine
il y a 1 an

Bonjour Camille et Bastien,

Tout d’abord un grand merci pour tous ces articles qui me font avancer dans ma pratique.

Concernant le renard et les photographies au terrier, a quelle distance est ce que je dois me positionner de la gueule principale de ce dernier pour ne pas trop m’imposer et ne pas faire peur aux parents qui risquent de déménager les jeunes ailleurs ? Je shoot en plein format avec un 500 mm et je n’aime pas trop cropper mes prises de vues mais si il faut virer 30/40% des dimensions du fichier, soit. Est ce que la construction d’un affut est envisageable? Autre question, est ce que passer près du terrier pour renifler et chercher des carcasses n’est pas un coup à les faire partir ?

Merci pour vos réponses et encore bravo.

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