- Bastien
- 29/01/2025
- Focus espèce
Caractérisée par sa petite taille, sa silhouette ronde et ses mimiques amusantes, la chouette chevêche ne laisse pas insensible ! Plutôt commune dans nos campagnes, elle apprécie vivre au côté de l’Homme la rendant sympathique à nos yeux. Sa rencontre est assez simple à condition d’être suffisamment renseigné sur son mode de vie et ses mœurs. Simple observateur ou photographe animalier cet article a pour objectif de vous partager mes astuces pour photographier la chouette chevêche mais aussi agir en sa faveur !
Le saviez-vous ?
Surnommer la chouette aux yeux d’or, la chevêche fait partie de la liste très réduite des hiboux et chouettes de nos contrées à posséder les yeux jaunes. Comme la chevêchette et le hibou des marais, la coloration jaune des yeux de la chevêche lui permet d’accepter la lumière du jour.
Où trouver la chouette chevêche ?
Les chouettes chevêches sont relativement communes et leur aire de répartition est très étendue. Les effectifs s’étendent sur quasiment l’ensemble de l’Europe, jusqu’en Asie. Elle fréquente des paysages différents à condition qu’il s’agisse d’un milieu ouvert. Sa population couvre presque toute la France en deçà de 1 300 m d’altitude. La chevêche a horreur de la neige qui la prive de ses proies principales, ainsi nous ne la retrouvons pas dans les régions où l’enneigement dépasse couramment trois semaines d’affilée.
Comme toute espèce animale, la chouette chevêche a besoin que l’environnement réponde à deux grands critères :
Critère 1: Bénéficier d’une ressource alimentaire abondante et spécifique à son régime
La chouette aux yeux d’or a un régime alimentaire très large. Elle se nourrit principalement de coléoptères, de criquets et sauterelles, de lézards, de vers de terre, de micro-mammifères et parfois même de passereaux. Notre amie a besoin de milieux ouverts où ces proies se trouvent en quantité.
Elle attache également une importance à disposer de perchoirs pour chasser à l’affût : comme des piquets de clôture, des arbres isolés, des bâtiments, etc.
Chevêche avec une musaraigne
Chevêche avec un hanneton
Critère 2: Bénéficier d’un habitat permettant d’assurer son cycle de vie
La chevêche a besoin de cavités pour pouvoir s’abriter et surtout nicher. Ces cavités peuvent être naturelles ou non. Ainsi la chevêche apprécie les vieux arbres creux comme les pommiers, poiriers, saules ou encore les noyers.
Sa proximité avec l’Homme peut l’amener à apprécier les refuges offerts par les bâtiments agricoles ou les cheminées couvertes. Il n’est pas rare d’observer des chevêches sous les toitures de bâtiments agricoles.
Vieux pommier à cavité idéal pour la chevêche
Batîment et sa toiture servant d’abri pour la chevêche
Vous l’aurez compris, l’habitat type de la chouette chevêche est un paysage prairial et bocager. La proximité de l’Homme, par la présence de vieux bâtiments agricoles, peut être un avantage. Si les prairies sont pâturées au lieu d’être fauchées c’est l’idéal ! Haute comme trois pommes, son petit gabarit ne lui permet pas de chasser lorsque la végétation est trop haute. Ainsi, un pré tondu régulièrement par des animaux lui est favorable.
Habitat typique de la chouette chevêche
Comment trouver la chouette chevêche ?
Étape n°1 : Trouver un « coin » à chevêche
Pour trouver la chouette chevêche il n’y a rien de tel que de procéder à une phase d’écoute en toute fin de journée. Vers la fin février ou le début du mois de mars, postez vous sur des habitats favorables et tendez l’oreille. Privilégiez un soir où le temps est calme et relativement doux. À cette période, le mâle se perche sur un élément du paysage pour chanter à tue-tête. Il défend son territoire mais surtout solidarise son couple. Si un coin est occupé par un couple il est alors difficile de passer à côté ! Le chant du mâle peut porter jusqu’à un kilomètre.
La chevêche possède un répertoire vocal très fleuri, pas moins de vingt deux cris et chants ont été référencés ! Ses vocalismes sont facilement reconnaissables et les plus courants sont les suivants :
Chant typique n°1
Chant typique n°2
Chant typique n°3
Étape n°2 : Trouver les « gîtes » des chevêches
Une fois que vous aurez identifié un coin à chevêche, il vous faudra préciser vos recherches. Plusieurs indices peuvent vous mettre sur la piste de l’arbre ou du bâtiment occupé par les chouettes :
- Les pelotes de réjection au pied des bâtiments ou arbres creux. Ses pelotes sont relativement de petite taille comparées à celles d’autres rapaces nocturnes de nos campagnes : environ 3,5 cm sur 1,5 cm. Outre les dimensions, les pelotes sont composées en grande partie de carapaces de coléoptères permettant de distinguer les pelotes de la chevêche à celle de l’effraie, de la hulotte ou encore du hibou moyen-duc.
- Les coulées blanches le long des façades. Il s’agit d’un indice infaillible qui trahit, même de loin, la présence de la chouette chevêche dans un bâtiment. Attention, ces excréments peuvent être aussi ceux du faucon crécerelle ou même de la chouette effraie.
Pelote de chevêche avec restes de colléoptères
Coulées blanches le long de la façade
Important !
Les secteurs de chouettes sont très souvent des coins fidèles qui seront occupés au fil du temps par plusieurs générations. À moins d’une transformation significative du paysage, vous pouvez être quasiment assurés de retrouver l’espèce années après années ! Et même, si une cavité est parfaite, elle peut être occupée pendant une dizaine d’années d’affilée !
Pour exemple, lorsque nous nous sommes installés dans le petit hameau corrézien où nous vivons actuellement, nous avons eu la belle surprise d’y trouver un couple de chevêche. J’ai consulté les données d’observation des dernières années et elle était régulièrement référencée depuis 1980.
Quand photographier la chouette chevêche ?
Même si la chouette aux yeux d’or peut être photographiée toute l’année, à mon sens deux périodes sont particulièrement intéressantes :
De février à mars :
À cette période, les mâles vont se montrer très actifs et démonstratifs. Le soir venu, le mâle appelle activement la femelle à partir d’un perchoir surélevé. Les accouplements vont être de plus en plus fréquents à l’approche de la belle saison. C’est un bon moment pour photographier la chouette chevêche et réaliser des images d’ambiance et en particulier pour saisir des silhouettes au crépuscule. Les arbres sont dépourvus de feuilles et les chouettes sont facilement observables.
Perchoir typique de chevêche
Perchoir typique de chevêche
Accouplement
De début mai à fin juillet :
Un mois après la ponte, les jeunes pointent le bout de leur bec. C’est à partir de ce moment que débute un excellent moment pour photographier la chouette chevêche à condition d’être parvenus à trouver le site exact de nidification.
Calendrier biologique de la chevêche
Pendant près de trente cinq jours, les parents s’affairent à nourrir les jeunes au nid. L’activité de nourrissage se concentre en grande partie en fin de journée et à l’aube. Les aller-retours peuvent être très fréquents à ces moments de la journée. Au bout d’une vingtaine de jours de nourrissage au nid, les jeunes vont progressivement avoir des envies d’évasion. Les chevêcheaux quitteront petit à petit la cavité pour escalader l’arbre et passer de branches à branches jusqu’au développement suffisant de leurs plumes qui leur permettra de voler. Ils deviendront ensuite plus compliqués à suivre et à photographier.
Nourrissage
Comment photographier la chouette chevêche ?
Photographier la chouette chevêche dans des conditions correctes et sans dérangement ne peux se faire qu’en affût. Pour ma part, j’utilise soit une tente de camouflage ou un filet. Mon choix dépendra de la configuration du site. Je vous conseille d’utiliser les éléments paysagers pour être discret et réussir votre affût. J’affûte régulièrement dans une haie, au pied d’un arbre, d’un bâtiment voire à l’intérieur d’un bâtiment.
Je conseille vivement de réaliser les sessions d’affûts le soir. Cela vous permet de vous installer de jour avant que les chevêches se mettent en activité. Je quitte alors mon poste d’affût lorsque je suis bien certain que les adultes ne sont pas au nid et sont partis chasser.
Important !
Nous ne le répétons jamais assez : l’éthique et le respect de l’animal ne doivent jamais être entravés ! La quête d’une espèce sera vraie et authentique uniquement si vous avez tout mis en œuvre pour ne pas mettre en danger l’animal.
Chevêcheaux au bord du nid
Ça va mal pour les chouettes chevêches…
Malheureusement la population de chevêche s’est effondrée à partir des années 1950. En près de cinquante ans, les effectifs estimés ont été divisés par trois en France. Dans certaines régions, les effectifs ont même été divisés par quarante. La principale raison de cet effondrement est la modification profonde des pratiques agricoles se traduisant par :
- lLe développement des grandes cultures au détriment des prairies, l’habitat de chasse de prédilection des chevêches,
- lLa destruction des haies et des arbres isolés, sources de nourriture et d’habitat pour la chevêche,
- lLa réduction importante des postes d’affûts de chasse tel que les arbres isolés ou les piquets de clôtures,
- lLa raréfaction des arbres à cavité. Une bonne partie des saules ont été abattus ou ne sont plus entretenu en « têtard ». Les trois quarts des pommiers ont disparu en 100 ans. Les fruitiers de variété locale à gros tronc riches en cavité ont été remplacés par des fruitiers basse-tige,
- lLa rénovation voire la destruction des vieux bâtiments agricoles, refuges de luxe pour la chevêche,
- lL’usage des pesticides provoquant une disparition massive des insectes, proies majeures des chevêches,
- lL’augmentation des vitesses de fauche. Autrefois les fauches des petites parcelles se succédaient permettant à la chevêche d’avoir presque toujours sous le bec quelques prairies rasées. Aujourd’hui une même surface est fauchée en un temps record via le développement du machinisme agricole permettant des vitesses de fauche bien plus élevées.
Chevêcheaux au bord du nid
Agir pour les chouettes chevêches
Malgré ce constat désastreux, il est possible d’agir pour notre petite chouette. Outre le soutien que vous pourrez apporter à une agriculture locale et respectueuse pour l’environnement, une action efficace peut permettre de combler la perte en habitat de reproduction : la pose de nichoirs artificiels.
Les résultats de campagne de pose de nichoir ont été remarquables dans certaines régions, permettant de contrebalancer, localement la dynamique de population désastreuse de l’espèce. Je vous invite vivement à poser des nichoirs à chevêche chez vous si vous avez la chance d’avoir du terrain. Vous pouvez également expliquer votre démarche auprès de l’agriculteur de votre coin, qui au passage à tout à gagner dans l’histoire.
Si vous souhaitez construire un nichoir à chevêche, je vous invite à vous inspirer de l’installation proposée par Rustica à partir de cette vidéo : Tuto construction nichoir
Pour ma part j’ai construit des nichoirs à chevêche à partir de planches de Douglas de 30 mm d’épaisseur que je me suis procuré dans une scierie locale. Ces planches doivent être séchées et rabotées mais non traitées. Le coût d’un nichoir à chevêche en planche est d’environ 50 €.
Voici les pièces que j’utilisais :
- l1 planche de 500mm x 310mm pour le dessus,
- l1 planche de 500mm x 250mm pour le dessous,
- l1 planche de 500mm x 350mm pour le côté n°1 fixe,
- l1 planche de 500mm x 150mm pour la partie fixe du côté n°2,
- l1 planche de 500mm x 200mm pour la trappe du côté n°2,
- l1 planche de 350mm x 250mm pour le sas,
- l1 planche de 350mm x 310mm pour l’avant,
- l1 planche de 350mm x 310mm pour l’arrière,
Nichoir à chevêche en cours de construction
Je couvre ensuite le toit de zinc pour le rendre étanche. L’avantage du zinc c’est qu’il ne permettra pas à la fouine de s’y accrocher à l’aide de ses griffes.
Le trou d’envol doit être de 7 cm de diamètre. Il est préférable également de prévoir un système « anti-fouine » à l’entrée en posant un tube en PVC d’environ 16 cm de diamètre.
Toit en zinc et système « anti-fouine »
Pour poser un nichoir à chevêche voici quelques règles d’or à respecter :
- lPlacer le nichoir entre 3 et 5 m de haut,
- lPlacer le nichoir à l’abri du vent et à l’opposé des vents dominants, une orientation Sud-Est est très bien,
- lPlacer le nichoir dans un arbre ou contre un bâtiment agricole,
- lEn cas de pose sur un arbre, accrocher le nichoir à une grosse branche latérale de l’arbre,
- lOrienter l’ouverture vers un espace ouvert,
- lCouvrir le fond du nichoir avec des copeaux de bois ou de la paille.
Si l’installation répond à ces critères, un couple de chevêche devrait un jour ou l’autre, trouver ce lieu fort appréciable ! Et si même elle niche ailleurs, le nichoir peut être utile pour les jeunes en tout début d’indépendance ou lors de leur dispersion.
Merci pour elles !
Nichoir posé dans un arbre
Nichoir posé dans une grange




Merci pour ce document très explicite, bien illustré, très enrichissant dans lequel on ressent ta grande passion et le partage de tes connaissances, grâce à toutes les personnes passionnées et investies comme toi et à toutes les futures personnes que tu auras sensibilisées, nous pourrons encore voir et entendre la chouette chevêche. Bravo
Merci pour toutes ces informations – je vais construire des nichoirs et repérer des lieux propices !
Ravis que cet article puisse vous servir François ! Et merci d’avance pour les chouettes 😀 !
Salut Bastien, encore une très belle fiche espèce qui cette fois ci met en avant une de nos plus belles chouettes. Des informations sur sa biologie et son mode de vie, de la technique et de l’éthique ! Sans oublier bien sur de très belles prises de vue. Merci et bravo 😉
Encore merci Antoine pour ton passage ici !
C’est vrai que c’est une super espèce qui reflète la qualité d’un habitat remarquable. Je te souhaite de pouvoir la suivre car elle est tout aussi fascinante que la hulotte !
A+
Bastien, j’ai fait sa connaissance l’été dernier. Quatre passages au total et pas d’avantage pour limiter le dérangement. Tu peux compter sur moi pour m’inspirer de cette fiche fort bien conçue, pour en tirer partie au mieux. J’ai un deuxième couple dans les tuyaux, je croise les doigts 😉
Au top l’article Bastien !
Il y a justement une Chevêche autour de chez moi.
Bonjour terrain de jeu !
Un grand merci Emmanuel !
C’est une super nouvelle ca ! Tu as su trouver l’endroit exact où elle a l’habitude de loger le jour ? Arbre creux ?
Non je n’ai pas encore trouvé son logement exact. A priori dans une maisonnette délabrée mais je n’ai pas encore repéré la cavité précise. Je fais quelques incursions pour la trouver mais je ne m’attarde pas pour ne pas déranger l’accouplement.