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  • 01/05/2020
  • 18/12/2022
  • Focus espèce

L’automne est arrivé, un cri rauque et intense résonne dans la forêt, le brâme a débuté et sonne le début d’une période émotionnelle pour le photographe. En rut et à l’apogée de sa prestance, le cerf brâme afin d’attirer les biches mais intimide aussi ses éventuels concurrents.

Mais… cet événement attire les foules, bon nombre de personnes souhaitent assister coûte que coûte aux scènes incroyables que peut nous offrir le brame du cerf. Cette convoitise engendre des dérives et impacte sans aucun doute la magie de l’événement.

À travers cet article, je vais tenter de vous partager mon retour d’expérience, mes conseils et astuces pour que vous puissiez photographier le roi de la forêt dans les meilleures conditions possibles pour vous et pour l’animal.

Quand photographier le cerf ?

Lors de sa période de reproduction le cerf est bien moins vigilant que le reste de l’année et au sommet de sa grandeur, c’est sans aucun doute la meilleure période pour photographier le roi de la forêt. La période de reproduction du grand cerf, appelée brame, s’étale du 15 septembre au 15 octobre. Cette période est cependant variable suivant les conditions météorologiques.

Les nombreux dérangements ont rendu le brame du cerf quasiment nocturne, c’est alors au petit matin ou à la tombée de la nuit que vous avez le plus de chance de l’observer. Toutefois, il existe encore en France, dans les endroits les plus sauvages et reculés, où les raires ne cessent à longueur de journée…

Brame du cerf

Le brame, mais pas que

Les mois de juin et de juillet sont aussi une bonne période pour photographier le cerf sous une autre facette. A cette période leurs bois sont recouverts d’un velours protecteur. Il est fréquent de les observer, seul ou en groupe, dans les prairies pour faire le plein d’énergie avant le brame. Loin de la frénésie humaine autour du brame, c’est l’occasion de vivre des moments de pleine quiétude avec les cerfs.

Hors période de reproduction, les grands cerfs sont séparés des femelles et peuvent se regrouper en « harde » pour mutualiser leur sens et ainsi mieux se prévenir des dangers. Ce comportement contraste parfaitement avec la période de brame où les mâles se disputent âprement les biches et le territoire.

Cerf élaphe

Où photographier le cerf ?

Les populations de cerf ont vu leurs effectifs croitrent ces dernières années. Les zones de colonisation ont presque doublé en 40 ans ! Il est possible de le voir aujourd’hui un peu partout en France mais surtout dans le Centre de la France, le Nord-Est de la France et la Nouvelle-Aquitaine !

Pour qu’une population soit installée, le cerf a besoin d’une surface boisée minimum estimée à près de 2 000 hectares. La part majeur d’herbe dans leur alimentation fait de la prairie un habitat de choix pour les cerfs mais aussi pour le photographe… Ces zones ouvertes sont une aubaine pour pouvoir photographier le cerf à découvert dans des conditions lumineuses !

Vous l’aurez compris pour photographier le cerf, ciblez les prairies situées à proximité de grands massifs forestiers ! Dans l’idéal, ciblez les clairières au sein d’une grande forêt !

Remarque : Les cerfs ne cohabitent pas forcément très bien avec les bovins… alors privilégiez les prairies de fauche aux pâtures… !

Selon moi, trouver un spot à cerf se fait en trois grandes étapes :

Première étape : Utiliser les cartes disponibles sur internet

Comme évoqué précédemment ayez en tête que l’habitat à rechercher est la zone prairiale à proximité immédiate d’un grand massif forestier.

Pour trouver ce type d’habitat je me guide grâce aux cartes et notamment au portail en ligne « Géoportail ». Sur ce portail vous avez accès gratuitement et librement à de nombreuses cartes vous permettant de récolter toutes les infos nécessaires à une lecture de terrain : vue aérienne, topographie, chemin d’accès, cours d’eau…

Pour identifier une zone à cerf je prends en compte plusieurs critères :

  • NTaille du massif forestier et son peuplement. Les cerfs apprécient les forêts de feuillus.
  • NTopographie du site. Si la zone est plate c’est l’idéal ! Les cerfs, comme tout animal, sont partisans du moindre effort et apprécieront une prairie peu pentue pour se nourrir.
  • NTopographie de l’environnement du site. Si la prairie est enclavée par des zones de pente c’est un très bon point ! Les animaux se cantonneront plus facilement sur la prairie et la zone plate.
  • NUn accès au site difficile pour les humains est très important à mon sens. Si la prairie est située à proximité d’une voie passante, d’une zone de stationnement et qu’une population de cerf est établie dans le secteur, je pourrai parier que vous ne serez pas seul lors du brame et cela risque de rendre les observations difficiles…

Il est toutefois appréciable d’avoir un petit chemin d’accès à la prairie notamment à la sortie des affûts une fois la nuit tombée… J’ai pris de façon totalement aléatoire cette zone d’après les cartes « vues aériennes » et « topographique IGN » de Géoportail. Sans savoir si ce coin accueille des cervidés, elle me parait propice pour plusieurs raisons :

  • NMassif forestier important à proximité,
  • NPrairie relativement plate entourée de zones de pente à l’Est,
  • NChemin d’accès possible pour s’installer et repartir en toute discrétion.
  • NPetit bémol : la proximité d’une route qui peut attirer du monde si le brame du cerf est connu dans le coin…
Carte géoportail

Spot à cerf type – carte géoportail

Deuxième étape : Rendez-vous sur les zones ciblées à la recherche d’indices

Voilà mon étape préférée ! Après avoir repéré une ou plusieurs zones théoriquement intéressantes, rendez-vous sur ces zones, de jour et surtout, avant la période de brame pour éviter un dérangement ! Je réalise souvent cette étape fin août ou tout début septembre.

Pour confirmer la présence de cerfs sur la zone il vous suffit de relever les indices de présence et notamment les indices suivants :

  • NEmpreintes, d’une taille de 8 à 10 cm de long il n’y a pas de confusion possible avec un autre animal.
  • NOdeur forte semblable à celle du bouc et facilement perceptible à l’endroit où le cerf est passé. Cette odeur est sécrétée par des glandes à odeur pour marquer le territoire.
  • NMarquage sur les arbres. Les cerfs se frottent les bois sur les arbres pour se défouler et se nourrit d’écorce. Vous remarquerez facilement ces arbres réécorcés et les « griffes » laissées par le frottement des bois.
  • NGrattage au sol. Ces grattages sont souvent réalisés sur la place de brame et permettent aux cerfs de laisser leurs odeurs et ainsi de marquer le territoire.
  • NSouille. Une souille est une zone humide et de boue dans laquelle les cerfs se roulent pour se déparasiter. Vous n’aurez aucun mal à voir si la souille est utilisée.
Astuce !

Profitez de votre venue sur site pour repérer des coins d’affût intéressants et préparez votre future venue ! J’ai pour habitude de dégager certains passages pour être le plus discret possible lors du jour J.

Une empreinte de cerf

Empreinte de cerf

Écorçage

Écorçage du cerf

Crottes de cerf

Excréments de cerf

Troisième étape : Tendez l’oreille !

Vous avez donc confirmé la présence de cerfs sur le site, le plus dur est fait ! Pour confirmer l’activité et avérér que la zone est une place de brame j’utilise une technique assez fiable : rendez-vous à proximité du site à la nuit tombée à partir de la mi-septembre. Tachez de bien rester sur les chemins/routes et tendez bien l’oreille, vous saurez alors facilement s’il s’agit d’une place de brame ou non… Nul besoin de vous rendre sur la prairie ou en lisière, vous n’aurez aucune difficulté à entendre les cerfs bramer à 200 voire 300m de distance…

Comment photographier le brame du cerf ?

Généralement vous entendrez parler de deux techniques d’approche pour photographier le cerf: Le billebaude et l’affut.

L’avantage du billebaude c’est d’être mobile mais c’est également son grand défaut. Malgré son obstination pour les femelles et le territoire à défendre le cerf reste un animal très méfiant et sensible. De plus, il est à cette période parfois accompagné de biches qui elles ne manqueront pas d’être attentives à tout danger ! L’exercice du « billebaudage » est donc périlleux et risqué s’il n’est réalisé avec une totale maitrise… Outre le fait de rater une occasion de réaliser de belles photos vous perturbez un animal déjà émoussé par le rut. En termes d’éthique je ne peux que vous déconseiller cette technique.

L’affut, c’est une toute autre histoire… Il vous faudra vous armer de patience mais pas que ! Un travail de repérage est indispensable (méthode des 3 étapes). Cette technique très chronophage, parfois désespérante, est celle qui vous procurera le plus d’émotions et certainement les plus beaux clichés !

Brame du cerf

La connaissance du terrain est primordiale, il vous faudra respecter les étapes énoncées plus haut pour ne pas vous casser les dents sur des zones non occupées.

Affutez en lisière de forêt pour vous rendre discret et intégrez vous au paysage en vous installant au pied d’un arbre par exemple. Sur certaines places de brame, les cerfs occupent la zone à découvert en pleine journée ! Soyez donc très discret et attentif lors de votre arrivée, la présence d’un chemin d’accès est très utile.

Pour les affûts du soir, j’ai pour habitude d’arriver vers 16h30, ce qui me laisse le temps de m’installer et de patienter avant la sortie des cerfs.

Pour les affûts du matin, j’arrive bien avant le lever du soleil, vers 6h30. L’installation au matin pouvant être risquée (branche qui craque, mouvement), j’ai pour habitude d’affuter la veille au soir et de laisser mon matériel de camouflage (filet) pour la nuit et éviter une installation le lendemain matin.

Affût photographier le cerf

Quel matériel utiliser ?

Voici la liste du matériel que j’utilise lors de mes sessions d’affût pour photographier le cerf :

  • NObjectif avec focale assez importante (supérieure à 300 mm) ;
  • NSiège confortable (!) ;
  • NTrépied ;
  • NToile ou filet de camouflage ;
  • NGhillie ;
  • NGants ;
  • NEt dela patience bien sûr !

En conclusion

En appliquant ces méthodes et en respectant les différentes étapes vous aurez tout mis en œuvre pour vivre pleinement le brame du cerf tout en évitant un dérangement. Malgré cela, tout n’est pas maîtrisable ; il devient difficile aujourd’hui de vivre cet événement en toute tranquillité. Il ne se passe pas une saison de brame sans que j’assiste à des comportements irrespectueux ou inconscients : 4×4 en plein milieu des places de brame, apprentis photographes en billebaude et en quête absolue d’une photo de cerf, balade en lampe torche pour vivre au plus près le brame du cerf, etc. Certaines de ces pratiques sont faites de façon totalement inconscientes et naïves. À mon sens, il est important de communiquer et de partager les bons réflexes à adopter.

Les places de brame sans dérangement deviennent rares, dans le cas où vous découvrez une zone non fréquentée par d’autres personnes, il est préférable de ne pas communiquer l’information. De nos jours il s’agit d’un véritable trésor… !

Cerf brame

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