Photographier le pic noir, l'oiseau emblématique des grandes forêts françaises

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  • 03/09/2020
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S’il y a un oiseau emblématique des grandes forêts françaises c’est bien le pic noir ! Avec son envergure de 75 cm il est de loin le plus grand des pics européens. Aujourd’hui présent dans quasiment tous les grands massifs forestiers de France, son observation est loin d’être évidente. Photographier le pic noir est donc un réel défi ! C’est un challenge que j’ai eu la chance de relever en 2020 en forêt de Mormal. De sa recherche jusqu’à l’envol des jeunes, voici toute la démarche que j’ai utilisé pour vivre des moments inoubliables en compagnie des pics noirs. 

Où trouver des pics noirs ?

Comme mentionné précédemment, le pic noir est présent dans quasiment toutes les forêts de hautes futaies de France. Autrefois, il était considéré comme un oiseau de montagne, ne nichant que dans les forêts de conifères ou les forêts mixtes. Aujourd’hui, il a colonisé les plaines et affectionne autant les forêts de pins que celles de hêtres. Le pic noir privilégie toutefois les forêts de grands arbres espacés.

Contrairement à beaucoup d’espèces d’oiseaux, le pic noir se porte plutôt bien en France. Sa population a tendance à augmenter et il colonise les zones de plaines depuis quelques dizaines d’années. Sa présence en forêt de Mormal est l’illustration du développement de son aire de répartition sur les zones de plaine.

Reconnaître le mâle et la femelle

Un dimorphisme sexuel existe chez le pic noir. Le mâle possède une calotte rouge entière alors que la femelle a seulement une tache rouge à l’arrière du crâne.

Comment trouver des pics noirs ?

Tendez l'oreille !

Avec son cri puissant et son tambourinage pouvant être audible jusqu’à quatre kilomètres, vous n’aurez pas trop de difficultés à entendre le pic noir. Avec un territoire allant de 500 à 1000 hectares, l’observer est toutefois bien moins évident. 

Pour le trouver, il n’y a donc pas 15 000 secrets, il vous faudra arpenter la forêt à la recherche des traces laissées par le pic noir. Au préalable, utiliser les vues aériennes disponibles sur google maps ou géoportail pour identifier les zones pouvant potentiellement accueillir du pic noir (haute futaie et arbres espacés entre eux). 

Astuce !

Faites ce travail de repérage en hiver, la végétation est beaucoup moins dense cela favorisera les observations et votre prospection. De plus, en fin d’hiver les couples se forment et marquent leur territoire. Les amoureux sont donc particulièrement bruyants !

Trouvez des zones de nourrissage

Pour se nourrir en insectes xylophages (qui se nourrissent de bois), il perfore l’écorce d’un arbre (souvent mort) ou d’une souche grâce à son bec puissant laissant au pied de l’arbre des copeaux de grandes dimensions. 

Important, le pic noir apprécie avoir à proximité de sa zone de nidification, ces sources de nourriture…

Trouvez une loge, lieu de nidification

Qu’est ce qu’une loge ? Une loge est une anfractuosité créée par l’oiseau dans un arbre de manière à pouvoir y nicher en toute sécurité à l’abri des prédateurs et des intempéries. Chez le pic noir c’est Monsieur qui construit ou rénove une ancienne loge à la fin de l’Hiver.

Les loges de pics noirs ont des dimensions bien plus importantes que celle des autres pics, vous ne pourrez vous tromper. La largeur est de 8 à 9 cm et sa hauteur de 11 à 14 cm. De plus, sa forme est ovale contrairement à celle du pic épeiche par exemple qui est ronde.

Ces loges sont situées sur des arbres vivants et de grande taille, il peut y avoir une à plusieurs loges par arbre. Elles sont construites en hauteur entre 6 et 15 mètres de hauteur de manière à se protéger des prédateurs tels que la martre des pins. Les hêtres sont particulièrement appréciés par les pics noirs pour y construire la loge. Grâce aux écorces lisses du hêtre les prédateurs ont ainsi beaucoup plus de difficultés à y grimper. Afin de faciliter les allers et venues à la loge, l’entrée doit être dégagée et dépourvue d’obstacles tels que des branches. D’ailleurs, les arbres abritant une loge sont également vierges de branches en dessous de la loge, pour la même raison que précédemment : se protéger des prédateurs.

En résumé :

  • Dimensions de la loge : largeur de 8 à 9 cm et hauteur de 11 à 14 cm ;
  • Emplacement de la loge : entre 5 et 20 mètres de haut ;
  • Orientation de la loge : aléatoire mais toujours vers une zone dégagée ;
  • Essence de l'arbre : généralement du hêtre ou du pin sylvestre;
  • Caractéristiques de l'arbre : de grande taille, en bon état et dépourvu de branche sur sa partie inférieure.

Ne vous éparpillez pas

Le territoire du pic noir est extrêmement grand, alors pour me retrouver j’ai adopté une méthodologie assez scolaire certes, mais efficace : j’ai utilisé un système de gommettes. Par un code couleur j’inscris sur une carte de la forêt, préalablement imprimée sur des feuilles A4 assemblées, le type de contact réalisé : s’il s’agit d’une loge, d’une zone d’alimentation, ou d’un signalement audio. Ainsi je bénéficie d’un territoire restreint fréquemment occupé par un couple et je me remémore sans aucun souci l’emplacement des loges trouvées, car ce sont surtout les loges qui nous intéressent…

Quelques astuces :

  • Réaliser votre prospection si possible par temps gris, cela vous permettra d’éviter de passer à côté d’une loge ! Car croyez-moi, à contre-jour vous n’apercevrez pas grand-chose !
  • Pour ma part je prospectais en réalisant des zigs-zags de manière à être le plus efficace possible lors de ma prospection.
  • Pour trouver des loges très facilement, repérez les arbres marqués, souvent d’un triangle. Il s’agit des arbres présentant un intérêt écologique et qui seront épargnés par les coupes.

Quand photographier le pic noir ?

Prospectez en hiver...

Vous l’aurez compris trouver une loge occupée est le meilleur moyen de photographier le pic noir. J’insiste sur le mot occupé car attention aux faux espoirs ! Une loge, même rénovée en fin d’hiver, peut ne pas être occupée ! J’en ai malheureusement fais l’amère expérience… La loge n’est peut-être pas au goût de madame, est inondée par les pluies, ou a été volée par une autre espèce : martre des pins, chouette hulotte, pigeon colombin… De plus le pic noir n’utilise pas forcément la même loge d’une année à l’autre !

Les loges sont construites ou rénovées à la fin de l’Hiver, la couvaison a lieu entre la mi-avril et début mai, c’est le bon moment pour vérifier si une loge est occupée en utilisant un affût ! Le couple se relaie environ toute les deux heures.

... Photographiez au printemps

En plus d’être dans une période très sensible, le pic noir est une espèce assez craintive, vous devrez vous faire très discret en prenant l’ensemble des précautions nécessaires pour ne pas déranger le couple !

Deux semaines après le début de la couvaison (donc entre début et mi-mai) les œufs éclosent. Le dur travail de parent va alors débuter. Un balai de nourrissage débute, toutes les heures environ un adulte vient nourrir les jeunes (parfois un aller-retour peut se faire en 30 minutes comme en 3 heures…) pour y repartir 1 à 2 minutes plus tard.

Les adultes de pic noir avalent au fur et à mesure les aliments trouvés pour ensuite régurgités directement dans le bec des oisillons. A l’inverse, les pics épeiches alimentent directement les jeunes ce qui explique les allers-retours beaucoup plus fréquents.

Vers la mi ou fin mai, les premières observations des jeunes sont possibles. Ils dépassent tout d’abord timidement la tête lors de l’arrivée des parents, quelques jours plus tard ils seront beaucoup plus francs et même agressifs envers les adultes !  

Un mois après leur naissance les jeunes quitteront le nid accompagnés et guidés par leurs parents. C’est à ce moment-là que s’achève souvent une très belle aventure avec les pics noirs…

Comment photographier le pic noir ?

Le matériel à utiliser

  • Une longue focale (> 500 mm) permettant un éloignement suffisant de la loge pour limiter le dérangement ;
  • Un affût digne de ce nom : personnellement j'utilisais un affût fantôme des bois. Une tente d'affût ou un filet de camouflage intégré à un buisson seront également adaptés ;
  • Une housse anti-bruit : le pic noir est particulièrement sensible au bruit du déclencheur ;
  • Une chaise confortable ! Les allers-retours sont peu fréquents et si vous souhaitez faire de belles observations plusieurs heures d'affût seront nécessaires.

Les réglages

Comme en général pour la photographie animalière, je vous préconise de passer en mode « priorité à l’ouverture » de manière à bénéficier de la meilleure vitesse possible. Les conditions en sous-bois sont souvent peu lumineuses, il vous faudra très certainement monter en ISO afin de bénéficier d’une vitesse de déclenchement raisonnable (1/200s au minimum). Si vous souhaitez faire la photo du pic en vol juste avant son arrivée à la loge faite en sorte de prévoir une vitesse avoisinant les 1/2000s tout en anticipant son arrivée et en mode rafale (si vous disposez d’une housse anti-bruit et à distance raisonnable de la loge).

L’utilisation d’un déclencheur à distance est un bon moyen pour gagner en proximité et
limiter le dérangement !

N’hésitez pas à rendre vos photos originales en testant des contre jours, un clair-obscur, le pic noir est très photogénique !

Avant de clore cet article je tenais à remercier particulièrement Marc Albrecht qui m’a aidé dans ma quête du pic noir et qui a été une véritable source d’inspiration. D’ailleurs, n’hésitez pas à aller faire un tour sur sa page dédiée au pic noir, vous y trouverez de superbes images.

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